Reportage ou documentaire ?

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Dans l’audiovisuel existe cette limite mal définie, cette frontière floue entre les genres reportage et documentaire. On les confond souvent l’un et l’autre, parfois même induit en erreur par les auteurs qui jouent sur la réelle ambiguïté. S’il est difficile de séparer franchement ces deux modes d’expression filmique, on peut tout de même dégager quelques tendances.

La première évidence et la plus importante est que le documentaire aborde son sujet de manière cinématographique alors que l’approche du reportage est plutôt journalistique. Le regard cinématographique est un regard d’auteur qui ne cherche pas forcément l’objectivité. Le réalisateur se sert de son sujet pour nous dire quelque chose. Il ne se contente pas de nous signifier le réel, il y apporte sa contribution en y introduisant une dimension artistique. La construction finale devient intemporelle. A l’opposé, l’approche journalistique est souvent plus liée à l’actualité, elle prétend à l’objectivité et se contente souvent de nous présenter les faits. Elle évite généralement de juger ou d’opiner. Le reportage reste un document mais ne cherche pas toujours le statut d’oeuvre d’art.

Dans la réalisation d’un documentaire, on définit un point de vue qui n’est pas forcément d’ailleurs celui de l’auteur. Si on ne peut pas intervenir sur le réel pour ne pas tomber dans la fiction, on peut agir sur les choix de prises de vues, sur le traitement sonore et le montage lui-même est souvent une véritable écriture parfois supportée par l’écriture elle-même. Le reportage quant à lui est plus neutre, les traitements visuels et sonores sont plus traditionnels et l’écriture reste presque toujours dans le style “news”. Il est très souvent plus superficiel que le documentaire. Il se tourne généralement sur des temps très courts qui ne permettent pas d’entrer réellement dans les profondeurs du sujet traité. Il ne peut en donner qu’une vision schématique. Le documentaire permet des tournages sur la durée qui durent parfois plusieurs mois ou années. Il permet une grande proximité avec le sujet, capte des instants et des émotions qui ne pourraient être révélés autrement. Le documentaire est un marathon quand le reportage est une course de vitesse.

La filiation du reportage avec la télévision est évidente. De par son rapport à l’actualité, il dérive plus ou moins des sujets de nouvelles. C’est d’ailleurs un instrument de choix de plusieurs grandes émissions. Il se prête à une consommation facile, sans grand effort. Le documentaire admet plus de sophistication, sa valeur cinématographique se prête à une exploitation en salles, dans cet environnement qui permet une plus grande concentration et moins de distractions.

Ce sont en conclusion deux genres différents même si on a parfois du mal à les démêler. Il ne faut pas croire pour autant que l’un est supérieur à l’autre. Ils n’ont tout simplement pas la même finalité. L’un nous présente une vision neutre, objective du monde, quoique parfois un peu sommaire. L’autre a sa charge de rêves, d’émotions provoquées, de messages à décoder même si quelquefois il nous présente une réalité tronquée, voire subjective après être passée par les innombrables filtres du point de vue.

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