Le droit d’auteur

On parle beaucoup de droit d’auteur ces derniers temps. Il est en effet anormal que les artistes (musiciens, écrivains, peintres, graphistes, cinéastes et autres) n’arrivent pas toujours à bénéficier en plein 21ème siècle des différentes utilisations de leur oeuvre. Malgré diverses tentatives tant associatives (ANACIM) qu’étatiques (BHDA), les objectifs ne sont guère atteints et ne semblent pas près de l’être.

Il faut dire que la plupart des acteurs du système bénéficient de la situation actuelle qui ne porte préjudice qu’aux créateurs. Les radios, les disk-jockey, les boites de nuit et autres lieux de loisir diffusent à longueur de journée les musiques tant haïtiennes qu’étrangères sans s’acquitter d’aucun droit. Les stations de télévision font pareil pour les films et les séries ainsi d’ailleurs que pour les évènements sportifs ou les productions basées sur la musique. Les journaux sur papier et en ligne ne sont pas en reste et se piratent mutuellement.

Pourtant la création est à la base même de toutes ces activités. Peut-on imaginer une émission de musique sans musique, une chaine généraliste sans film ou un journal sans articles ? Fréquenteriez-vous une discothèque si vous ne pouviez pas danser vos morceaux favoris ? Achèteriez-vous un magazine sans photos ? Il s’agit là d’activités à caractère commercial (puisque générant des revenus) mais qui pour la plupart refusent de rémunérer ce qui est en fait leur matière première (la création artistique).

Je souris à chaque fois qu’un de ces opérateurs me sort l’argument que c’est une promotion gratuite faite à l’artiste. Quelle aberration ! La victime est transformée en bénéficiaire.  Donc dans les pays (la plupart) qui pratiquent la rétribution du créateur, les opérateurs seraient des idiots. Comment parler de promotion quand c’est l’oeuvre artistique même qui permet au médium d’exister ?

Nous avons tendance à séparer le droit de nos auteurs locaux de celui des créateurs de l’étranger. Comme quoi il y aurait deux droits d’auteur. Certaines stations de télévision se retiennent de passer les films haïtiens mais piratent allègrement les productions étrangères. Cette pratique est d’abord une concurrence déloyale à la production nationale. Elle peut entraîner des effets pervers. Elle a de beaucoup contribué par exemple à la fermeture des salles de cinéma puisque l’embryon d’industrie nationale ne pouvait pas, dans un premier temps, satisfaire la demande. C’est ce même facteur qui permet également aux radios d’accorder un temps d’antenne exagéré aux musiques étrangères. L’autre conséquence malheureuse est que notre pays se retrouve classé dans une catégorie de “non-droit” qui peut gêner nos propres artistes quand ils doivent réclamer ou défendre leur intérêts en-dehors d’Haïti.

Nous nous plaignons que beaucoup d’oeuvres ne sont pas de qualité mais comment le seraient-elles si leurs auteurs ont du mal à en vivre ? Il faut aussi que le grand public sorte de cette mentalité du tout-gratuit et accepte d’apporter sa contribution. J’entends et je vois beaucoup de gémissements et grimaces face à la quasi-disparition du cinéma haïtien mais ce sont ces mêmes personnes qui ont encouragé les copies-pirates, qui se sont constituées des collections complètes sur leurs disques durs ou qui partagent des films sur Facebook ou Youtube. Arrêtons de grâce l’hypocrisie !

Le créateur ne vit pas seulement d’applaudissements et de mots d’encouragement. Comme tout être humain, il lui faut s’épanouir et souvent supporter sa famille. L’acte de création est un travail comme un autre qui mérite juste salaire. L’artiste ne vit pas de vent et d’air frais. Personne ne s’attend à des droits faramineux mais il faut sortir de ce système d’exploitation où tous les acteurs du secteur se font leur beurre, aussi petit soit-il,  alors que la base de la chaine (l’oeuvre artistique) n’en tire presqu’aucun bénéfice. Non messieurs et dames les opérateurs, vous ne faites pas notre promotion. On vous permet tout simplement d’exister.

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