Epi dan!

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Je ne sais pas si vous avez remarqué tout ce que cette expression, pourtant très à la mode, peut cacher de bêtise et de stupidité. Comme d’ailleurs la plupart des nouvelles expressions de notre parler créole. Il est loin le temps où la langue s’agrandissait pour s’enrichir avec des proverbes ou des figures imagées empreintes de sagesse et de créativité. Là aussi, c’est la dégringolade vers la sottise.

Epi dan symbolise l’entêtement sous sa forme la moins intelligente, celle qui fermée à tout dialogue, n’écoute pas, ne voit pas, avance à poings fermés jusque dans un mur s’il le faut. Ce n’est pas étonnant que l’expression ait pris chair pendant l’ère Martelly et soit si choyée par ses partisans. Elle résume bien les décisions têtues du président, son jusqu’au boutisme dont on peut maintenant apprécier les résultats.

Epi dan c’est une forme d’intolérance. C’est le refus de l’opinion de l’autre, de son appréciation et de son jugement même. On s’enferme dans ses certitudes, aussi insolites qu’elles puissent être. On se croit au sommet de son assurance quand le plus souvent on est au sommet de l’absurde. C’est le refus de tout doute, même légitime. C’est le rejet de toute critique avant même qu’elle ne soit exprimée.

Epi dan n’engage pas toujours uniquement celui ou celle qui le formule. J’ai entendu l’usage de cette expression après des actions qui concernaient un groupe ou la communauté. Dans ce cas là l’approche est encore plus dangereuse. C’est une véritable forme de dictature puisqu’elle ne tient compte que d’une opinion unique. C’est la mise en danger de l’ensemble au nom duquel la décision à été prise tout en lui refusant même le droit de crier au secours. On fait dans le “crève et tais-toi” sans sourciller.

Epi dan ne grandit pas celui qui l’emploie. Ne grandissent que son aveuglement, son cheminement têtu à tombeau ouvert vers un possible abime, son arrogance idiote. Employer cette expression, ce n’est faire preuve ni d’intelligence, ni d’esprit d’ouverture. Cela peut même entrainer des réactions extrêmes chez l’interlocuteur. Quand on ferme la porte à l’échange de la parole on ouvre celle de la contrainte et des raidissements.

On n’entendra pas cette expression dans la bouche du diplomate habile, du négociateur talentueux ou du politicien avisé. C’est plutôt l’expression favorite des amateurs de suicide à l’ego sur-dimensionné qui vous la jettent à la figure comme une certitude d’avoir raison, juste avant de se jeter les pieds devant dans le trou.

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