Analyse et propositions pour une sortie de crise

Dans une série de tweets datés du 13 juin 2019, je fais humblement quelques propositions et suggestions qui peuvent aider, sinon à nous sortir de la crise dans laquelle le pays semble embourbé depuis plus d’une année, du moins à la faire évoluer vers des perspectives plus prometteuses que celles qui semblent vouloir se dessiner devant nous. Il me semble important de formaliser ces propositions dans un petit texte, pour plus de clarté et pour éviter tout malentendu.

Nous sommes rendus à une impasse. Un président acculé, souillé par un rapport qui l’indexe directement dans les malversations qui font l’actualité. Un gouvernement inexistant, sans aucune étoffe ni caractère, sans légitimité parlementaire. Un parlement décrié, sans bilan autre que celui des magouilles et excès en tous genres. Mais aussi une opposition écartelée, fragmentée, hétérogène et incohérente qui donne l’impression de n’être à la recherche du pouvoir que pour perpétuer les mêmes mauvaises habitudes tout en les retournant cette fois en sa faveur. Une société civile divisée dont une frange flirte depuis longtemps avec les pires pratiques: contrebande, évasion fiscale, sur-facturation, blanchiment et j’en passe. Une communauté internationale prise aux pièges de ses choix et de ses soutiens souvent malheureux qui donne priorité à ses intérêts et ses idéologies sous convert des évangiles du développement et du progrès. Et puis, pour la majorité de la population, la misère qui s’installe de plus en plus profondément, de plus en plus durablement. Pas d’alternative visible à cet immense désespoir.

De ce constat il découle que la solution peut difficilement venir de ces mêmes acteurs qui, par action ou par omission, ont provoqué cette crise, l’ont nourrie voire aggravée. Pas de l’exécutif qui s’est érigé en obstacle à toute tentative de reddition des comptes, qui nous a enfoncé dans les bas-fonds de la mal gouvernance aujourd’hui en grande partie responsable du déficit, de la dévaluation de la gourde et de l’inflation. Pas du parlement qui ne s’est jamais préoccupé de faire son vrai travail législatif ou de contrôle, qui a préféré marchander des postes et avantages, optant pour la satisfaction d’intérêts individuels au lieu de la poursuite du bien-être collectif. Pas même de l’appareil judiciaire, au demeurant sans grands moyens, vassalisé, archaïque, décrédibilisé. Non plus de la communauté internationale dont ce n’est pas a priori le rôle mais qui s’arroge régulièrement ce droit d’ingérence dont on a vu où il nous mène. Pas de l’opposition politique non plus sans CV, cacophonique, sans autre projet que la simple main-basse sur le pouvoir.

Reste la société civile qui prise dans son ensemble est globalement victime de ces sangsues. Encore que là aussi il va falloir décanter. Il faudra éviter les éternels faiseurs de rois qui, sous prétexte de changer le système, infiltrent toutes les “révolutions” pour installer au final leur nouvel homme de paille pour continuer à jouir à l’infini des mêmes privilèges. Eh non messieurs les “pakapala” il va vous falloir pour cette fois rester sur la touche. Vous avez déjà assez fait de mal ! Éviter aussi tous ceux qui, depuis des lustres, utilisent cette étiquette de société civile à des fins bien peu communautaires, un label privatisé mis au service d’intérêts plutôt mesquins.

Je veux croire que tout n’est pas pourri, surtout dans un pays qui aujourd’hui affiche une population en majorité jeune tenue trop longtemps en dehors des espaces de décisions et qui se rend compte qu’il est possible de vivre autrement, loin de ce marasme qui est la seule réalité qu’on leur a servie. Ils ont vu tout le mal qui peut être fait et je veux croire que, dirigés et encadrés, ils sont capables de nous offrir un meilleur spectacle. Nos uniques choix ne peuvent plus être la fuite ou la merde.

Ces derniers temps on a beaucoup parlé de dialogue. Assez démagogiquement je dois dire. Ils sont peu nombreux ceux qui y croient sincèrement. C’est souvent une stratégie pour gagner du temps ou se refaire une fausse légitimité. Personnellement le dialogue ne m’intéresse que pour ce qu’il peut nous apporter: un plan, un vrai pacte de société sur lequel nous devrons nous entendre et que nous devrons respecter. Sans cette finalité, le concept du dialogue lui-même n’a absolument aucun intérêt. il est essentiel que les couches saines de la société civile (je veux croire qu’il y en a encore) imposent une feuille de route et des directives aux acteurs politiques tout en leur rappelant que la politique n’est pas un instrument d’enrichissement personnel et de pouvoir absolu mais un outil au service du bien-être collectif. Les modalités de ces directives et les limites de cette re-fondation devant toutes être déterminées par ce dialogue. À charge aussi pour cette société civile de jouer son rôle de vigile, directement mais aussi à travers l’établissement et le renforcement d’institutions de plus en plus solides.

Finalement je crois qu’il incombe à la jeunesse de prendre l’initiative. L’avenir de ce pays lui appartient. Qui plus que la jeunesse a intérêt aujourd’hui à avoir un pays qui fonctionne, un pays qui vit enfin au rythme du 21ème siècle au lieu de s’empêtrer dans cette éternelle mélasse moyenâgeuse ? Qui plus que la jeunesse a besoin d’un chez soi à un moment où nos chers amis de la communauté internationale nous interdisent l’entrée à leurs frontières et nous chassent même parfois comme des pestiférés (par amitié sans doute) ? Et qui donc en ce moment représente mieux cette jeunesse que ces vaillants Pétrochallengers qui depuis des mois ont pris tous les risques, bravé les dangers et les insultes dans ce combat contre cette corruption tentaculaire qui a privé le pays d’une opportunité en or pour entrer dans la modernité ? La balle est à vous. Ne soyez pas uniquement ceux qui sont contre, rassemblez ceux qui sont propres, ceux qui peuvent et ceux qui veulent, pour enfin construire ce pays qui n’a jamais existé au fond que de manière très imaginaire, tel que rêvé par nos Pères Fondateurs, rêves sans cesse brisés par la cupidité de nos nouveaux maîtres, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs. À vos jeux !

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