De la moralité

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Il y a quelques mois la République était mise en émoi par une singulière affaire de moeurs. On assista à l’agitation effrénée de tout ce que nous pouvons compter d’ayatollah: moralistes religieux, sénateurs, députés, autorités judiciaires… Tout ça autour de ce qui n’était au fond qu’une simple histoire de… fesses entre adultes libres et consentants. Ce sont pourtant les mêmes (sénateurs et députés) qui siègent tous les jours sans sourciller au sein d’un parlement souillé de bandits et trafiquants notoires. C’est cette même société qui honore sans broncher des individus sur qui pèse plus qu’une suspicion légitime.

Il y a quelques années déjà, un ambassadeur américain, lors d’un diner d’adieu, tançait ouvertement ce que nous avons d’élite. Il dénonçait leur permissivité complice, leur silence coupable face à ce phénomène qui gangrène notre société et finalement corrompt profondément notre jeunesse. Il est certain que le doute toujours profite à l’accusé. Mais il est aussi certain que la manne ne tombe plus du ciel, que des enrichissements soudain et spectaculaires demanderaient plus qu’une banale explication. Dòmi pòv, leve rich.

S’il est vrai que nos petits voleurs croupissent souvent pendant de longs mois en prison, se font exhiber malproprement dans “Allo la police” pour le plus grand plaisir des téléspectateurs, il est aussi vrai que nos grands délinquants sont reçus partout, fréquentent les salons prestigieux, sont reçus tapis rouge déployé dans les grands restaurants. Pire, ils prétendent aux magistratures suprêmes, se font élire (financement illimité aidant) aux fonctions dites honorables. Et tout le monde applaudit, personne n’y trouve à redire. Leurs enfants fréquentent les meilleures écoles et s’affichent avec les grandes familles. La justice ne sévit grosso modo que contre les plus pauvres.

Mais de temps en temps, il y a un couac. La vase déborde et on s’étonne. On fait semblant d’être surpris quand on découvre un grand nom associé à des histoires d’enlèvement ou de drogue. La grande hypocrisie ! On joue aux vierges effarouchées ! On piaffe ! On s’émeut ! On crie à l’hérésie quand un présumé trafiquant se fait prendre en photo avec des agents de la DEA. On oublie que le respect n’est jamais donné quand on ne se le procure pas soi-même.

Quelle société veut-on pour l’avenir ? Quel exemple donne-t-on à nos enfants ? Un monde où l’argent (même sale) absout tout, lave tout ? Quelle frustration pour ceux qui produisent, travaillent dur, investissent, font des efforts et qui peuvent se faire narguer par le premier voyou venu ! Ce sont là des choix fondamentaux à faire.

Dans notre pays tout le monde profite de l’absence d’une vraie justice. Les plus riches parce qu’ils peuvent continuer leurs trafics grands et petits en toute impunité. Les plus pauvres parce qu’ils rêvent de richesse facile, de raccourcis improbables. Nous sommes une société corrompue dans tous ses étages. Mais cette corruption-là ne doit pas être inscrite dans la Bible car nos prêtres et pasteurs ne se secouent pas trop pour la dénoncer. Même l’argent des quêtes et des dîmes n’a pas d’odeur.

Quand l’étranger un peu lassé nous impose des sanctions ou se résout à nettoyer notre merde, nous osons crier au nationalisme. Nous invoquons même, ô sacrilège, le nom sacré des ancêtres. Nous brandissons nos lois dont les flous sont délibérément ignorés pour toujours laisser une porte de sortie aux grands escrocs. Soyons sérieux ou nous demeurerons cette caricature de peuple. Le nationalisme comme le reste se construit et se mérite. L’étranger ne nous respectera que si nous inspirons le respect. Pour l’instant, au delà de la diplomatie de façade, c’est son effronté dégout qu’il affiche.

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