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Qui sont ces “sousous” qui sifflent sur nos têtes ?

La politique haïtienne a toujours eu son lot de “sousous”, opportunistes et lèche-bottes de tous poils et de tous acabits. Il suffit de lire nos romanciers classiques (Lhérisson, Hibbert, Marcellin…) pour s’en rendre compte à travers les portraits qu’ils en ont campés. Avec la révolution des médias et celle plus récente des réseaux sociaux, le phénomène tend à se généraliser et nous sommes maintenant submergés par l’arrogance creuse de ces énergumènes. Mais qui sont donc ces nouveaux rampants ? Essayons d’en établir un portrait robot.

Ils sont de toutes les classes et de toutes les conditions sociales. Du chômeur désoeuvré qui va applaudir sans rien comprendre les discours vides d’un candidat en mal de votes au cadre supérieur, avocat, artiste, journaliste, universitaire, commerçant, qui se jette corps et âme dans l’apologie fanatique d’un individu. Ils sont vos proches, vos amis, vos voisins, vos collègues de travail. C’est peut-être vous-même.

Le “sousou” se définit par son absence de vraie conviction, ce qui le différencie de l’authentique militant engagé. Il est rarement désintéressé. Il attend en retour des avantages et des faveurs: un emploi, des contrats, une ascension sociale, des pots-de-vin, voire une simple invitation à diner ou à une réception. Il a tendance à toujours se ranger du coté des gagnants, même si cela l’oblige à faire pour cela le grand écart idéologique. Il n’a pas peur du “laloz”. Qui ne connait pas tel ou tel avocat ayant défendu il y a quelques années l’extrême droite et qui se retrouve aujourd’hui en partisan convaincu de la gauche ou tel propagandiste de gauche récemment converti aux vertus de l’ultra-capitalisme ?

Le “sousou” brille par ses excès de zèle. Il est souvent même plus zélé que celui ou celle qu’il défend. Il est capable de tout. Pour cela on ne recule pas à l’utiliser pour les sales besognes: dénigrement, diffamation, harcèlement, intimidation… Il n’hésite pas à renoncer à son propre caractère pour s’approprier les motivations de son “chef”. Le basculement vers la violence n’est jamais bien loin. L’esprit “macoute” ou de “chimère” n’est qu’une extension tragique du phénomène “sousou”.

Le “sousou” n’a pas peur du ridicule. Du moins, il ne se rend pas compte. Combien ont sacrifié une carrière, une position d’un certain prestige, pour se laisser aller sans état d’âme à des comportements du plat ventre ? Aveuglé par son fanatisme, il a rarement conscience des dangers pour sa réputation, son avenir. Et je ne parle pas des torts faits à la communauté. Il oublie vite que rien en ce monde n’est vraiment éternel.

Le “sousou” est généralement applaudi par d’autres “sousous”. C’est l’effet de la meute. On se supporte dans la bêtise, on s’encourage, on s’auto-congratule. La mode remplace la réflexion et les convictions. Pire, on se croit intelligent. On s’acharne âprement sur tous ceux qui ne partagent pas cet idéal “sousou”.

Mais d’où tenons nous cela ? Sans être une spécificité haïtienne, le phénomène prend chez nous une dimension particulière. On ne s’en rend pas compte mais cette mentalité nous vient tout droit de l’esclavage. On l’a sans doute héritée du commandeur et des nègres de maison, par opposition aux nègres de plantation. Le colon minoritaire s’appuyait en effet sur un ensemble de nègres “de service” pour imposer sa triste loi. Il confiait souvent le sale boulot des punitions ou des sévices à des esclaves ou affranchis qui surpassaient parfois le maitre en férocité. L’esclave de maison avait lui ce faux sentiment de supériorité qui le poussait quelquefois à la délation. L’indépendance n’a malheureusement pas su déconstruire ce schéma esclavagiste.

Mais qui donc nous sauvera des “sousous” ? Il nous faut d’abord définir un modèle de société qui réinvente des valeurs, il nous faut aussi des leaders qui priorisent la compétence à la flatterie. Haiti ne se développera pas tant que nous garderons cette mentalité de sous-développés. Non, on ne peut rien construire de grand avec des “sousous”.

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